L'offensive israélienne dans la bande de Gaza, du
27 décembre 2008 au 17 janvier, continue d'alimenter des tensions au
sein de la communauté musulmane et dans ses relations avec les juifs.
Lors du rassemblement annuel de son organisation au Bourget (Seine-Saint-Denis), du vendredi 10 au lundi 13 avril, Fouad Alaoui,
vice-président de l'Union des organisations islamiques de France
(UOIF), a consacré à la question palestinienne l'essentiel du discours
politique de ces trois jours de conférences, de prédications et de
shopping islamique, où se sont retrouvés plusieurs milliers de
personnes autour du thème "La religion dans nos sociétés modernes".
"Notre soutien à la cause palestinienne n'est pas un soutien
communautaire, mais un soutien à une cause universelle juste. Et nous
aurions aimé qu'il y ait un consensus en France sur ce sujet",
a-t-il lancé dans une allusion aux manifestations de soutien à Israël,
organisées en janvier par le Conseil représentatif des institutions
juives de France (CRIF).
Comme en réponse au président du CRIF qui, lors du dîner de son
organisation, le 3 mars, avait violemment mis en cause certains
responsables musulmans dans l'importation du conflit, M. Alaoui a
assuré que "les musulmans de France, à l'instar de l'immense
majorité des citoyens, ont très mal perçu l'aliénation inconditionnelle
des autorités juives de notre pays aux côtés de l'oppresseur israélien", fustigeant au passage "l'organisation de galas de soutien à l'armée israélienne".
La charge de M. Alaoui contre les institutions juives françaises a aussi pris un ton clairement politique. "Aucune
paix juste ne sera possible tant que le projet sioniste sera à l'oeuvre
parce que ce projet a toujours reposé et repose sur la négation de la
Palestine. Le projet sioniste altère la pureté de la religion
monothéiste juive", a déclaré M. Alaoui, en précisant : "Nous sommes contre l'antisémitisme."
Interrogé récemment sur les relations judéo-musulmanes en France dans un magazine israélien, SVP Israël, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur,
s'est, lui, attiré les critiques de certains musulmans. Mettant en
avant ses amitiés avec des responsables juifs, M. Boubakeur louait dans
cet entretien, relayé dans la communauté musulmane, "l'intelligence de la population israélienne" et paraissait justifier les "représailles" israéliennes contre le Hamas. Cette "non-affaire", selon l'entourage de M. Boubakeur, l'a amené à publier une mise au point indiquant que ses propos avaient été "déformés".
La dimension politique et conflictuelle de la question palestinienne
en France a fait ressurgir, ces dernières semaines, l'idée d'un "CRIF
musulman", une structure laïque susceptible de se substituer au seul
Conseil français du culte musulman, instance religieuse, inadaptée pour
s'exprimer sur de tels sujets. Cette idée, qui ne fait pas l'unanimité
chez les musulmans, s'inscrit dans un contexte d'antagonismes entre
communautés algérienne et marocaine. Porté par des personnalités
algériennes, ce projet reste pour l'heure dans le flou.
Stéphanie Le Bars LeMonde.fr
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